Le bilan et les exercices proposés me permettent de constater, qu'au cours de leur carrière, plusieurs participants n'ont pas vraiment eu l'occasion de s'offrir un face à face avec eux-mêmes, notamment pour découvrir ou redécouvrir qui ils sont en dehors de leur travail. Quels sont, par exemple, leurs besoins fondamentaux, leur personnalité, leurs valeurs, leurs rêves, leurs préférences?
Aussi, lorsque nous abordons les aspects de leur vie professionnelle qu'ils abandonneront(19) avec grand plaisir, quelques participants me confient à quel point ils sont démotivés, en raison, surtout, du peu de reconnaissance reçue dans leur milieu de travail et de la pression quotidienne qu'ils doivent supporter. Je sens chez certains, l'obsolescence, la fatigue et l'épuisement.
Quelques-uns disent espérer «tenir le coup avec les médicaments» jusqu'à leur départ. La retraite semble représenter pour eux l'aboutissement heureux d'une vie professionnelle qui ne l'est plus. La retraite est alors idéalisée, bien plus qu'elle ne le devrait.
Sans pouvoir donner des chiffres exacts, je retrouve là, à peu près les mêmes proportions que j'ai lues dans une étude du professeur Jacques Limosges(20) de l'université de Sherbrooke.
Dans les milieux de travail, sur 12 personnes :
-2 s'épuisent à la tâche;
-3 montrent des signes évidents de désintérêt et de démotivation, donc d'obsolescence;
-1 éprouve le besoin impérieux de prendre sa retraite ou de changer de métier.
mais, heureusement,
-6 parviennent à bien équilibrer leur vie professionnelle et personnelle sans avoir besoin d'aide, de support ou de valorisation provenant de l'extérieur.
On pourrait donc croire(21) que la moitié des travailleurs arrivent à la retraite dans un état de grande vulnérabilité et que l'autre moitié y parviennent en pleine possession de leurs moyens. Dans le premier cas, la retraite risque de provoquer une crise existentielle impor-tante, surtout si le travail était au cœur de l'identité de la personne.
Dans le second cas, la personne quittera le monde du travail avec le sentiment du devoir accompli. Elle pourra envisager la retraite avec sérénité, à la fois comme la suite logique de sa vie, mais aussi comme un «second début».
Si je me fie aux données que j'ai citées plus haut, la moitié des travailleurs auraient donc avantage à être accompagnés, au deuxième tiers de leur carrière(22) et de procéder à un premier bilan. Ce bilan ne devrait pas viser uniquement l'augmentation du bien-être et de l'efficacité au travail. Il devrait s'élargir à toutes les dimensions de la personne; un peu comme celui que je fais faire aux participants à mes formations.
Il est bon de se souvenir que c'est à cette période de la vie que surgissent, pour la plupart des gens, les questions à propos du sens de leur existence et de la générativité; à propos aussi du chemin parcouru jusque là et de la pertinence de continuer sur le même chemin ou d'en emprunter un autre, tout à fait différent. Les premiers signes du vieillissement apparaissent aussi et, avec eux, la conscience que le temps est limité.
Les réflexions issues de ce bilan ne peuvent qu'avoir des effets favorables sur la suite de la vie et, bien sûr, sur l'arrivée à la retraite.




